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Guide en mer Souvenirs de navigations, de voiliers et de bateaux

La mouette du Logeo !

Roland Fardeau
La mouette du Logeo  !

J'arrive aux abords du Golfe du Morbihan. Apres 2 heures de route depuis l'Anjou, en quittant la 2 voies entre Sarzeau et Port Navalo, je découvre le petit port du Logeo qui dévoile, à marée haute, sa magnifique baie miroitante et sans vent. Au dernier virage avant le petit quai, je croise un panneau en bois " passage de mouette". Il n'est pas rare d'en croiser une qui vient déguster les bons petits plats du restaurant, le petit port. Au loin, la mer s'enfonce dans le golfe sous une luminosité incomparable. Par endroit, dans les passes entre deux îles à la végétation verdoyante, les bateaux glissent en parade et se faufilent dans le courant comme une superbe composition chorégraphique. J'ai hâte de prendre l'air. Tout juste garé, je suis frappé par la tranquillité de cet endroit magique. J'arrive au quai torse nu. C'est un midi de juin par grand beau temps. Ici, deux hommes sont guidés par la marée comme emploi du temps. Deux ostréiculteurs, l'air dur,  en chemisette et cuissardes se passent une amarre pour débarquer en silence leur chargement d'huitres. Levant les yeux, je m'offre un moment de pause en fixant une mouette qui éveille mon attention. Son plumage blanc se découpe avec le ciel bleu et je me laisse bercer par les cris répétés du bel oiseau. Des amoureux s'amusent à prendre des photos puis se mettent à rêvasser sans un bruit sans un mot. Une odeur de varech et d'algue me rappelle que la marée n'attend pas. Le temps d'enfiler mon shirt, je mets à l'eau mon canot, sous le regard de Philippe le maître du port. De l'eau jusqu'à mi jambe, je descend la cale avec un bout à la main. Je monte à bord du youyou. A la rame puis au moteur, je me faufile entre les bouées de mouillage en sifflotant un air du concerto que j'ai encore en mémoire de ma radio en voiture. Je dois rejoindre mon voilier à la bouée n° 107, la plus loin du mouillage. La marée commence à baisser. En quelques minutes, j'arrive sur l'arrière du bateau. Un clapotis d'un bateau qui passe au loin résonne sous la voute. Il est peut être 14 heures quand j'aperçois de nouveau un bel oiseau blanc qui déboule de l'avant de mon bateau. La baguette de pain sous le bras, je coupe un crouton que j'envoie en l'air comme cadeau de bienvenu. Je contemple le vol rapide de la mouette au ras de l'eau en lâchant une trainée blanche sur mon annexe. Quel remerciement ! Dans l'inconscient, je reste assis pour admirer le paysage maritime d'une beauté préservée. Ici, pas de construction ni d'immeuble comme sur le littoral. Tout est resté intact comme au temps celtique. Assis confortablement, je succombe à la tentation de me servir un petit coteaux du layon bien frais. Il y a longtemps que je n'avais pas éprouvé ce sentiment d'oubli intérieur. Seul bruit, ma respiration qui se fait au rythme du flot.  J'entame une petite sieste d'une heure sous le bimini avant de mettre les voiles pour une sortie en mer, une ligne à la traine. Apres une petite heure de navigation, une touche et trois virements, je décide de mouiller à l'île aux moines rejoindre une vieil ami. Peu à peu, les nuages s'invitent dans le ciel breton. La journée s'achève doucement dans un restaurant genre cabane en bois qui m'offre une vue unique sur le golfe. Pour moi , c'est une petite lichée de vin blanc et un poisson en court bouillon. De ma position, j'ai la chance d'admirer les voiliers qui se croisent avec les bateaux de passagers depuis Port blanc. Mon attention est captée par un vieux rafiot abandonné et échoué sur le rivage. De loin, je pense à une chaloupe ou un bateau typique du golfe. Malgré ma vue qui baisse ( c'est l'âge), je peux lire son nom à demi effacé en bleu sur la coque. L'eau rentre par les flans couverts d'algues qui suintent. Lorsque la nuit vient revêtir l'île, les repères ont changé. Des plages nouvelles, des roches se découvrent et le paysage devient encore plus paisible. Petite marche à pieds dans un sentier éclairé par la lune pour rejoindre mon voilier. Une mouette lance un cri vers le large. Bercé par les mouvements du courant, je suis aux anges dans un sommeil écrasant.     

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